Les 9 et 10 juillet 2025, l’hôtel Imane de Bouna, en Côte d’Ivoire, a vibré au rythme d’une ambition partagée. Des représentants de trois nations – Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Ghana –, des autorités locales, des chefs traditionnels, des associations et des citoyens se sont réunis pour un atelier déterminant. Au cœur des discussions : l’élaboration participative d’un schéma d’aménagement transfrontalier intégré (SATI), porté par l’Espace Communautaire Volta Noire (ESCO Volta Noire). Cette initiative vise à réinventer la vie dans les zones frontalières, souvent confrontées à des défis spécifiques mais riches de potentiels communs.
- Un schéma d’aménagement transfrontalier pour répondre aux défis des territoires frontaliers
- La force d’un diagnostic territorial participatif
- La synergie trinationale : clé du succès du schéma d’aménagement transfrontalier
- Des pistes concrètes et une mobilisation locale prometteuse
- Qu’est-ce que le Schéma d’Aménagement Transfrontalier Intégré (SATI) ?
Un schéma d’aménagement transfrontalier pour répondre aux défis des territoires frontaliers
L’ouverture solennelle, présidée par Yacouba Doumbia, préfet de la région du Bounkani, en présence de M. Hien Philippe, président de l’ESCO Volta Noire, et d’une large palette d’acteurs (préfets, maires, directeurs régionaux, chefs traditionnels, leaders associatifs, femmes, jeunes), a souligné l’enjeu historique.

De même, Yacouba Doumbia a salué « l’opportunité historique qu’offre le SATI pour corriger les déséquilibres structurels, renforcer la cohésion sociale dans nos localités frontalières et répondre aux attentes pressantes des populations en matière d’infrastructures, de sécurité et d’emploi ». Il a exhorté les participants à un engagement sincère, ancré dans les réalités du terrain. Ce schéma d’aménagement transfrontalier se veut une réponse concrète aux préoccupations quotidiennes des habitants de ces zones.
La force d’un diagnostic territorial participatif
L’atelier de Bouna n’était pas qu’un forum de discussion. C’était un vaste exercice de collecte de données, quantitatives et qualitatives, pour dresser un portrait précis du territoire du Bounkani et de ses interactions avec le Burkina Faso et le Ghana. Cette radiographie participative a balayé des axes cruciaux pour un schéma d’aménagement transfrontalier efficace :
- Cohésion sociale et prévention des conflits.
- Sécurité et lutte contre les trafics transfrontaliers.
- Gestion durable des ressources naturelles partagées (eaux, forêts, pâturages).
- Dynamisation des échanges commerciaux et des marchés ruraux.
- Fluidification de la mobilité des personnes et des biens.
- Amélioration de l’accès aux services sociaux de base (éducation, santé, eau potable).
- Valorisation des potentialités agricoles, minières et artisanales.
Ouattara Abdoul Vieda, représentant l’association de jeunesse Koulango, a témoigné : « Nous avons pu exprimer nos préoccupations sur la faible couverture en services de base dans nos villages, le chômage des jeunes, l’enclavement de certaines zones et les risques liés à la porosité des frontières ». Mais l’espoir était aussi présent : « Mais nous avons aussi partagé des idées sur les opportunités à valoriser, comme l’agriculture transfrontalière, le tourisme culturel et les circuits de commerce vivrier ». Ce diagnostic est la pierre angulaire d’un plan d’action pertinent.
La synergie trinationale : clé du succès du schéma d’aménagement transfrontalier
L’originalité et la force de cette démarche résident dans son approche simultanée et coordonnée. Pendant que Bouna accueillait l’atelier ivoirien, des sessions identiques se déroulaient au Burkina Faso (région du Sud-Ouest) et au Ghana (régions des Savannah et de Upper West). Cette coordination est essentielle pour aligner les visions de développement des territoires limitrophes et aboutir à un schéma d’aménagement transfrontalier véritablement commun, cohérent et applicable.
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Hien Philippe, président de l’ESCO Volta Noire, a rappelé l’ambition fondamentale : « Il s’agit de bâtir un cadre intégré où les frontières cessent d’être des lignes de séparation pour devenir des ponts de coopération. L’ESCO Volta Noire, en tant que mécanisme institutionnel, se donne pour mission de structurer l’espace frontalier comme une zone de paix, d’échanges et de prospérité partagée ». Il a cependant insisté sur les conditions indispensables à la réussite : « un engagement politique fort, un accompagnement technique soutenu et une mobilisation constante des communautés locales ». Sans cela, le risque est grand de voir ce schéma d’aménagement transfrontalier rester lettre morte.
Des pistes concrètes et une mobilisation locale prometteuse
Les travaux en commission ont été fructueux. Ils ont permis d’identifier des préoccupations prioritaires et de dégager des pistes de projets intégrateurs très concrets :
- Création de marchés transfrontaliers pour dynamiser les échanges locaux.
- Réhabilitation de pistes rurales pour désenclaver les zones reculées.
- Construction de centres de santé communautaires accessibles aux populations des trois pays.
- Mise en place de dispositifs de médiation locale pour prévenir et résoudre les conflits.
La satisfaction des participants était palpable à l’issue de l’atelier. Mme Kambiré, présidente d’une coopérative féminine, a résumé ce sentiment d’appropriation : « Pour une fois, nous ne sommes pas spectateurs, mais acteurs d’un projet qui touchera nos villages, nos enfants, notre avenir ». Des groupes de travail sont désormais chargés d’approfondir ces pistes pour alimenter la feuille de route définitive du SATI.
Qu’est-ce que le Schéma d’Aménagement Transfrontalier Intégré (SATI) ?
Piloté par l’ESCO Volta Noire, en collaboration avec les gouvernements, les collectivités locales, les communautés et des partenaires comme l’UEMOA, le SATI est un outil stratégique de planification visant à :
- Promouvoir la paix et la sécurité dans les régions frontalières.
- Encourager les investissements partagés et les projets transfrontaliers.
- Améliorer la mobilité, les infrastructures, et l’accès aux services sociaux essentiels.
- Assurer la gestion durable des ressources naturelles partagées.
- Renforcer la résilience des populations face aux crises (climatiques, sanitaires, économiques).
L’atelier de Bouna a posé une pierre essentielle à l’édifice. Le schéma d’aménagement transfrontalier en gestation porte l’espoir de transformer durablement ces territoires, faisant des frontières non plus des barrières, mais des carrefours de vie et de développement partagé pour la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Ghana. L’aventure ne fait que commencer. A lire aussi : La Journée nationale de l’arbre 2025 à Bouna, un symbole vivant de paix et de renaissance écologique.
As-Sobour





