Du 12 au 14 août 2025, Bouna, dans le nord-est ivoirien, a vibré au rythme d’une initiative majeure pour la paix. Plus de 80 participants (chefs traditionnels, autorités religieuses, responsables associatifs, jeunes et femmes) se sont réunis pour un séminaire essentiel. Placé sous le thème « Les enjeux de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix dans un contexte de tension en période électorale à travers les alliances interethniques », cet événement était piloté par la Direction des Affaires Politiques du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, avec l’appui technique et financier de la coopération allemande (GIZ).
Pourquoi réactiver les alliances interethniques avant octobre 2025 ?
En effet, à l’approche du scrutin présidentiel, les risques de tensions communautaires sont réels. L’objectif central de ce rendez-vous était donc clair : réhabiliter et renforcer les alliances interethniques. Ces pactes séculaires, fondés sur le sang, le mariage ou des serments sacrés, ont historiquement servi de rempart contre les conflits en Côte d’Ivoire.
Mongué Emmanuel, Directeur des Affaires Politiques, a martelé ce point : « Les alliances interethniques ont joué un rôle majeur dans notre histoire. Elles ne sont pas seulement une tradition symbolique, mais un mécanisme efficace de prévention et de règlement des conflits. » Malheureusement, il a constaté un abandon progressif de ces pratiques, notamment par la jeunesse, au profit des seules instances judiciaires ou des forces de l’ordre.
Si ces pratiques étaient entretenues et transmises aux jeunes, elles permettraient de désamorcer de nombreuses tensions.
Mongué Emmanuel
Le rôle vital des alliances interethniques en période électorale
Par conséquent, ce séminaire s’est attaqué à trois axes cruciaux : la prévention des conflits, la préservation de la paix et, surtout, le rôle spécifique des alliances interethniques lors des joutes électorales. Des experts ont animé des sessions riches, débouchant sur des échanges intenses et des propositions concrètes. Ces dernières serviront de socle pour bâtir un mécanisme localisé de prévention, de gestion et de résolution des conflits, s’appuyant précisément sur la force des liens traditionnels.
Pour El Hajj M’hamad Traoré, chef du quartier Malagasso, l’initiative est salutaire : « Cet atelier est une bouffée d’oxygène pour la cohésion sociale. Nous repartons avec des outils concrets pour renforcer les liens entre nos communautés. Les alliances interethniques font partie de notre identité et il est de notre devoir de les préserver pour que nos enfants héritent d’un climat de paix. »
Des engagements concrets et une extension nationale envisagée
De même, Ali Bamba, représentant du Roi du Bounkani, a salué la démarche et la forte mobilisation des participants, signe d’une volonté commune de stabilité. Il a souligné : « Ces traditions ne doivent pas être abandonnées. Elles doivent servir de cas d’école, surtout dans un pays où, à l’approche de chaque élection, les tensions s’intensifient. » Considéré comme une phase pilote, ce séminaire s’est tenu simultanément dans le Tchologo et le Bounkani.
Fort de son succès, il est prévu de le dupliquer dans d’autres régions du pays. La stratégie ? S’appuyer sur les chefs de cantons, de tribus et de communautés comme relais essentiels de sensibilisation et de revitalisation des alliances interethniques.
Bâtir un avenir pacifique sur les fondations du passé
Finalement, l’ambition est claire : tisser, à travers toute la Côte d’Ivoire, un maillage solide de paix et de cohésion sociale, particulièrement vulnérable en période électorale. Cette initiative de la Direction des Affaires Politiques résonne comme un rappel puissant à la philosophie du père de la nation, Félix Houphouët-Boigny : la paix « ne doit pas être un vain mot, mais un comportement ».
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En ravivant l’esprit des alliances interethniques, Bouna et le Tchologo montrent la voie vers des élections 2025 où le dialogue traditionnel l’emporte sur la discorde. La sagesse ancestrale pourrait bien être le meilleur bouclier pour la démocratie ivoirienne.
As-Sobour





