Le paysage juridique ivoirien est en ébullition suite à une annonce controversée. Mercredi 28 mai 2025, le Barreau de Côte d’Ivoire a publié un communiqué incendiaire sur sa page Facebook, pointant du doigt ce qu’il qualifie d’« exercice illégal » de la profession d’avocat par le Cabinet « Thiam & Associés ». Ce cabinet, bien qu’inscrit au Barreau de Guinée, aurait franchi une ligne rouge en s’installant à Abidjan sans respecter les règles fondamentales de la profession et le droit communautaire.
Le Cabinet « Thiam & Associés » au cœur de la polémique
L’origine du conflit remonte au 12 mai 2025. À cette date, le Cabinet « Thiam & Associés », fondé par Maître Baba Hady Thiam (avocat au Barreau de Guinée), a fièrement annoncé l’ouverture d’un bureau secondaire à Abidjan. La gestion de cette antenne ivoirienne était confiée à Monsieur Gilles Kouamé, présenté comme « conseil juridique agréé ». Une initiative perçue comme un coup de force par les gardiens de l’ordre juridique ivoirien.
Le Barreau de Côte d’Ivoire a immédiatement exprimé son vif mécontentement. Dans son communiqué officiel daté du 22 mai, il déplore un double manquement majeur : l’absence totale d’information préalable adressée au Bâtonnier de Côte d’Ivoire avant cette annonce publique, et un manque de respect flagrant envers l’institution elle-même. Pour le Barreau, cette démarche solitaire brise les usages de confraternité et de coopération essentiels à la profession.
Une violation manifeste du droit UEMOA selon le Barreau
Mais le grief principal est d’ordre juridique. Le Barreau de Côte d’Ivoire estime que l’installation du Cabinet « Thiam & Associés » à Abidjan constitue une « violation manifeste » du Règlement N° 10/2006/CM/UEMOA. Ce texte crucial, adopté le 26 juillet 2006, encadre strictement la libre circulation et le droit d’établissement des avocats au sein de l’espace UEMOA.
Ce règlement stipule clairement deux points capitaux :
- Seuls les avocats inscrits au barreau d’un État membre de l’UEMOA peuvent s’établir, à titre principal ou secondaire, dans un autre État membre.
- Les modalités d’exercice (exercice individuel, collaboration, association, SCP…) sont strictement définies, et aucune forme d’interprofessionnalité (comme une association entre avocats et conseils juridiques) n’y est reconnue.
Or, la Guinée n’étant pas membre de l’UEMOA, le Cabinet « Thiam & Associés« ne remplirait pas la première condition fondamentale. De plus, la structure proposée, associant un cabinet d’avocats (même étranger) à un « conseil juridique agréé » (M. Gilles Kouamé), serait en totale contradiction avec l’interdiction de l’interprofessionnalité. Le Barreau ivoirien y voit donc une « entorse grave à la loi et aux règles déontologiques » en vigueur.
Les actions engagées contre le Cabinet « Thiam & Associés »
Face à ce qu’il perçoit comme une atteinte grave à l’État de droit, aux textes communautaires et à l’intégrité de la profession, le Conseil de l’Ordre des Avocats de Côte d’Ivoire a réagi avec fermeté. Il a donné mandat à Madame le Bâtonnier pour engager toutes les procédures nécessaires. Cela inclut des poursuites pour exercice illégal de la profession d’avocat contre les responsables et complices de cette implantation jugée illégale.
Dans un souci de dialogue inter-barreaux, le Bâtonnier de Côte d’Ivoire a également saisi la Conférence des Barreaux de l’UEMOA de la situation. Il a invité son homologue guinéen à prendre « les mesures appropriées pour la faire cesser immédiatement », au nom de l’intérêt supérieur de la profession et du bon fonctionnement des institutions de l’UEMOA.
Le Barreau de Côte d’Ivoire réaffirme dans son communiqué son engagement ferme en faveur du respect du droit communautaire, de la déontologie de la profession d’avocat et de l’harmonie entre les ordres professionnels. Il promet de prendre « toutes les mesures idoines » pour défendre son périmètre professionnel, qu’il estime « constamment agressé ».
Cette affaire met en lumière la complexité de l’exercice transfrontalier du droit et la vigilance des ordres professionnels pour en préserver l’éthique et le cadre légal. La suite des événements concernant le Cabinet « Thiam & Associés » à Abidjan dépendra des réponses apportées par les autorités guinéennes et des décisions de justice ivoiriennes. A lire aussi : Développement à Ahizabré : un village en pleine transformation grâce à la MUDESCA.


Jean Michel





