Le bassin de la Volta, vital pour six pays d’Afrique de l’Ouest, fait face à des défis croissants : sécheresses, conflits d’usage, pression agricole. C’est dans ce contexte que Bouna a accueilli un événement historique sous l’égide de l’Autorité du Bassin de la Volta (ABV). Objectif ? Concevoir un mécanisme de gestion des plaintes à Bouna adapté aux réalités locales, permettant aux populations de signaler les problèmes liés à l’eau et d’obtenir des solutions concrètes.
Cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet PAGERE (Amélioration de l’Environnement propice à la Gestion durable et Équitable des Ressources en Eau), financé par la Banque mondiale. « Sans outil de médiation, aucune politique de l’eau ne peut être pérenne », souligne le Pr Kouassi Kouamé Auguste, coordonnateur national de l’ABV.

Les acteurs clés de la gestion des plaintes à Bouna
Pendant deux jours, la préfecture de Bouna a vibré au rythme d’échanges intenses entre :
- Autorités administratives (préfet de Bounkani, ministère des Eaux et Forêts)
- Experts techniques (hydrologues, ingénieurs agricoles)
- Société civile (ONG, associations féminines)
- Leaders communautaires (agriculteurs, éleveurs)
« Ce mécanisme n’est pas qu’une procédure, c’est une voix pour les sans-voix », insiste Fati Diabagaté, représentante d’un groupement féminin. Son témoignage illustre l’enjeu : 72% des femmes de la région dépendent de l’eau pour leurs activités agricoles quotidiennes.
Un mécanisme taillé sur mesure pour les réalités locales
Le document stratégique issu des travaux intègre trois innovations majeures pour la gestion des plaintes à Bouna :
- Accessibilité : canaux de signalement multilingues (langues locales incluses)
- Transparence : suivi public des dossiers via une plateforme numérique
- Rapidité : délai maximal de 30 jours pour le traitement des cas critiques
« Nous avons refusé un modèle importé. Ce système épouse nos traditions de palabre sous l’arbre à karité », explique un chef coutumier présent à l’atelier.
Gestion des plaintes à Bouna : impact sur le projet PAGERE
Le PAGERE (2023-2028) structure son action autour de quatre piliers :
- Renforcement des capacités institutionnelles
- Production de données hydrologiques fiables
- Construction du barrage multi-usage de Noumbiel
- Mécanismes participatifs comme celui développé à Bouna
« La gestion des plaintes à Bouna est un test crucial avant le déploiement régional », précise Dr Bibi Millogo, coordinateur du projet. Preuve de son importance : 15% du budget total du PAGERE (soit 4,5 millions $) y sont consacrés.
Défis et perspectives : vers une gouvernance hydrique inclusive
Si l’atelier a permis des avancées majeures, des obstacles persistent :
- Fracture numérique dans les zones rurales
- Rivalités historiques entre usagers
- Financement pérenne des structures locales
Le préfet de Bounkani lance un appel : « Ce mécanisme doit éviter deux écueils : la bureaucratie paralysante et l’instrumentalisation politique ». Pour y parvenir, l’ABV prévoit :
- Des formations bimestrielles pour les médiateurs locaux
- Un fonds de garantie pour les litiges complexes
- Une évaluation annuelle avec indicateurs quantifiés
L’eau comme bien commun, la parole comme outil
L’atelier de Bouna dépasse le cadre technique : il consacre une nouvelle ère de démocratie participative. En ancrant la gestion des plaintes dans le quotidien des populations, le bassin de la Volta se dote d’un modèle reproductible pour d’autres ressources naturelles. Comme le résume un participant : « Maintenant, quand le puits sera à sec, nous saurons qui appeler – et comment être entendus ».
As-Sobour





