Bondoukou, surnommée la « ville aux mille mosquées », a vibré du 28 au 29 mars 2025 au rythme du Kroubi 2025, une célébration ancestrale exclusivement réservée aux femmes. Cet événement, qui marque la fin du ramadan, a cette année brillé par ses innovations écologiques et sa capacité à rassembler des milliers de spectateurs, confirmant son statut de pilier du patrimoine culturel ivoirien.
- Kroubi 2025 : une célébration ancrée dans la spiritualité et la communauté
- L’innovation durable de Mory Kamagaté : un tournant pour le Kroubi 2025 à Bondoukou
- Les À-Côtés sociaux du Kroubi : rencontres, prestige et défis
- Préparatifs et mystères : entre rituels et interdits
- Mutations et défis : Le Kroubi face à la modernité
- Le Kroubi 2025, symbole de résilience culturelle

Retour sur une édition historique, où tradition et modernité se sont entrelacées sous le regard bienveillant de figures influentes comme Mme Angéline Adjoumani, épouse du ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani, Coulibaly Mamadou, secrétaire général 1 de la Préfecture de Bondoukou, le député Maïzan Koffi Noël, et Mory Kamagaté, innovateur engagé.
Kroubi 2025 : une célébration ancrée dans la spiritualité et la communauté
Le Kroubi puise ses origines dans les nuits solitaires du ramadan, comme le rappelle Hadja Fatouma Ouattara, doyenne du quartier Donzosso :
« Les femmes musulmanes ont créé cette danse il y a des siècles pour rompre la solitude pendant la « nuit du destin », alors que leurs maris priaient jusqu’à l’aube. »
Aujourd’hui, des jeunes filles de 2 à 18 ans, parées de pagnes traditionnels, de kaolin et de bijoux étincelants, dansent sur des perches surélevées, agitant des queues de cheval ou de bœuf. Leurs mouvements, synchronisés au son des tams-tams et des chants dialectaux, captivent un public toujours plus nombreux, incluant des touristes internationaux.
Mory Kamagaté, cadre du Trésor et fils de Bondoukou, souligne :
Le Kroubi n’est pas qu’une danse : c’est un rite de transmission, où chaque génération s’approprie l’héritage des anciennes.
Mory Kamagaté
L’innovation durable de Mory Kamagaté : un tournant pour le Kroubi 2025 à Bondoukou
L’édition 2025 restera marquée par une avancée majeure : le remplacement des échafaudages en bois par des structures métalliques durables. Initiée par Mory Kamagaté, cette innovation répond à un double enjeu : préserver les forêts du Gontougo et sécuriser les danseuses.
« En 2023, des accidents liés à l’effondrement des perches ont blessé plusieurs participantes. Avec le métal, nous garantissons leur sécurité et protégeons notre environnement », explique-t-il.
Soutenu par le ministre d’État Adjoumani et des acteurs locaux, ce projet s’inscrit dans une vision écoresponsable, saluée par les organisateurs. En amont, Mory Kamagaté a également offert 2 000 tee-shirts aux 14 organisations du Kroubi, renforçant la cohésion autour de l’événement.
Les À-Côtés sociaux du Kroubi : rencontres, prestige et défis
Au-delà de la danse, le Kroubi 2025 à Bondoukou est un catalyseur social. Les jeunes femmes venues d’Abidjan, de Yamoussoukro ou d’ailleurs y voient une occasion de rencontrer un futur époux, arborant tenues et maquillages sophistiqués. Kamagaté Bintou, mère de deux danseuses, confie :
« Chaque année, j’habille mes filles avec mes bijoux en or pour qu’elles brillent. C’est une question de fierté familiale. »
Les jeunes gens rivalisent d’attention en offrant bonbons, parfums ou soutien financier (entre 1 000 et 2 000 FCFA par participante), tandis que les droits d’accès financent l’organisation.
Préparatifs et mystères : entre rituels et interdits
Les préparatifs démarrent des semaines à l’avance. Au marché central de Bondoukou, l’achat de pagnes, caolin et queues animales devient frénétique. Ali Jafar, organisateur chevronné, détaille :
« Nous mobilisons des jeunes pour chercher du bois solide… Enfin, du métal désormais ! »
Parmi les mystères persistants, l’interdiction aux femmes enceintes de danser sur les perches. Hadja Madjalia Ouattara avertit :
« Les perches s’effondreraient sous elles. Des sacrifices ancestraux protègent les danseuses, mais ils rejettent la grossesse. »

Mutations et défis : Le Kroubi face à la modernité
Si le Kroubi 2025 à Bondoukou a su intégrer des innovations, il subit aussi des pressions. Certains chefs religieux critiquent sa tenue pendant le ramadan, jugée incompatible avec la dévotion. Nan Manzara Mossi, gardienne des traditions, déplore :
« Le Kroubi perd son âme. Avant, les danseuses portaient seulement un foulard, sans chemise. Aujourd’hui, tout change. »
Pour assurer sa pérennité, les anciennes impliquent activement les jeunes, comme le souligne Hadja Fatouma Ouattara :
« Sans transmission, le Kroubi disparaîtrait. Nous formons les filles dès 2 ans pour qu’elles portent ce flambeau. »
Le Kroubi 2025, symbole de résilience culturelle
Le Kroubi 2025 à Bondoukou incarne une tradition en mutation, tiraillée entre préservation et adaptation. Grâce à des figures comme Mory Kamagaté et un ancrage communautaire fort, cette danse séculaire continue de fasciner, tout en relevant les défis environnementaux et sociaux. Un héritage à protéger, pour que résonnent encore longtemps les tams-tams de Bondoukou.
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Jean Michel





