En 2011, le président Barack Obama interroge Steve Jobs sur ce qu’il faudrait pour ramener la production d’iPhone aux États-Unis. La réponse reste en suspens, mais l’idée ne disparaît pas. En 2024, Donald Trump relance le sujet avec véhémence. Sur Truth Social, il déclare :
- Pourquoi la production d’iPhone reste en Chine et en Inde
- Les limites de la main-d’œuvre américaine
- Les investissements américains d’Apple : un autre objectif
- Automatisation : une alternative encore limitée
- Coûts et enjeux de la production d’iPhone aux États-Unis
- Apple face à une équation impossible
- La production d’iPhone, un modèle difficile à reproduire

J’attends d’Apple que les iPhones vendus aux États-Unis soient fabriqués sur notre territoire, pas en Inde ou ailleurs. Sinon, un tarif d’au moins 25 % devra être appliqué.
Donald Trump
Ce discours s’inscrit dans la stratégie du président visant à réindustrialiser l’Amérique et à contrer les déséquilibres commerciaux, notamment avec la Chine. Mais si les paroles sont fortes, les réalités logistiques et économiques de la production d’iPhone le sont tout autant.

Pourquoi la production d’iPhone reste en Chine et en Inde
Produire un iPhone implique bien plus que de simples chaînes d’assemblage. Selon Dipanjan Chatterjee, analyste principal chez Forrester :
Cela ne fonctionne tout simplement pas.
Dipanjan Chatterjee
Apple s’appuie sur des partenaires comme Foxconn, qui emploie près de 900 000 personnes pendant les périodes de haute production, avec une capacité de réagir rapidement grâce à des ouvriers logés à proximité des usines. Ces infrastructures n’existent pas aux États-Unis et seraient très coûteuses à implanter.
De plus, l’écosystème chinois autour de Shenzhen permet une fabrication de composants ultra-spécialisés, du capteur photo à la carte mère. David Marcotte, vice-président chez Kantar, explique :
L’expertise nécessaire pour chaque composant s’acquiert sur le long terme.
David Marcotte
Les limites de la main-d’œuvre américaine
Aux États-Unis, l’industrie manufacturière est en déclin. Selon le Bureau of Labor Statistics, seuls 8 % des Américains travaillent dans ce secteur, contre 26 % en 1970. Carolyn Lee, directrice exécutive du Manufacturing Institute, note que les métiers ont évolué :
« Les rôles en usine nécessitent désormais des compétences comme le codage ou l’analyse de données. »
En clair, même avec les meilleures intentions, la production d’iPhone se heurte à un déficit de main-d’œuvre qualifiée et à une culture industrielle affaiblie.
Les investissements américains d’Apple : un autre objectif
En février, Apple annonce un investissement de 500 milliards de dollars aux États-Unis sur quatre ans. L’objectif ? Renforcer la recherche, développer l’intelligence artificielle et ouvrir une académie à Detroit pour former des PME à la fabrication intelligente.
Mais, comme le souligne le communiqué de presse d’Apple, cette académie n’a pas pour but de former une main-d’œuvre destinée à la production d’iPhone. L’objectif reste l’innovation logicielle, non pas l’assemblage industriel de masse.

Automatisation : une alternative encore limitée
Pour contourner les problèmes de main-d’œuvre, Apple pourrait miser sur l’automatisation. Lors d’un événement organisé par Fortune en 2017, Tim Cook explique que :
La fabrication en Chine combine des compétences artisanales, une robotique sophistiquée et une expertise en informatique.
Tim Cook
Une combinaison difficile à trouver ailleurs. Pour preuve, Mohit Kumar, PDG d’Ultrahuman, a tenté de relocaliser la production de ses anneaux intelligents du secteur santé depuis l’Inde vers le Texas. Grâce à un partenariat avec SVtronics, il a dû automatiser plusieurs étapes pour compenser les coûts de main-d’œuvre américains.
Coûts et enjeux de la production d’iPhone aux États-Unis
Relocaliser la production d’iPhone aurait un impact direct sur le prix final. Dan Ives, analyste chez Wedbush Securities, estime qu’un iPhone fabriqué aux États-Unis pourrait coûter jusqu’à trois fois plus cher. Même si la production en Inde s’intensifie — réduisant la part de la Chine à 40 % selon lui — les États-Unis restent peu compétitifs.
De plus, une production locale impliquerait des ajustements de design, comme le souligne Patrick Moorhead, PDG de Moor Insights & Strategy :
« Pour compenser le manque de main-d’œuvre qualifiée, il faudrait redessiner l’iPhone pour l’adapter à une production plus automatisée. »
Apple face à une équation impossible
Pris entre les pressions politiques et les réalités industrielles, Tim Cook doit naviguer avec précaution. Malgré les rencontres avec Trump ou le don d’un million de dollars à son investiture, la situation reste bloquée.
Ce n’est pas économiquement viable de rapatrier la production aux États-Unis, mais dire non publiquement est politiquement risqué. Apple marche donc sur une corde raide.
Dipanjan Chatterjee
La production d’iPhone, un modèle difficile à reproduire
Apple a mis des années à construire un réseau mondial d’approvisionnement, d’expertise et de capacités logistiques. C’est pourquoi, délocaliser signifierait non seulement investir des milliards, mais aussi repenser le produit, ses délais de fabrication et son prix.
Malgré les discours politiques, la production d’iPhone ne quittera probablement jamais l’Asie. Les compétences, les infrastructures et l’économie d’échelle y sont trop bien installées pour être égalées rapidement ailleurs. A lire aussi : Cabinet « Thiam & Associés » : le Barreau Ivoirien dénonce une installation illégale à Abidjan.
Jean Michel





