Du 17 au 19 avril 2025, Leonardo Santos Simão, Représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, a sillonné Abidjan pour des rencontres déterminantes. Alors que la Côte d’Ivoire prépare des élections présidentielles, sa mission a mêlé diplomatie, plaidoyer pour les droits humains et dialogue avec toutes les forces politiques. Des échanges où se sont illustrés, entre autres, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, Affi N’Guessan et Ibrahime Koulibaly-Kuibiert, président de la Commission Electorale Indépendante (CEI), figures incontournables du paysage ivoirien.

Jeudi 17 avril : La rencontre fondatrice avec Alassane Ouattara
Dès son arrivée, Leonardo Santos Simão à Abidjan a marqué un temps fort en étant reçu par le Président Alassane Ouattara au Palais présidentiel d’Abidjan-Plateau. Un symbole politique fort : le chef de l’État, acteur central du processus électoral, a réaffirmé « l’engagement de l’exécutif à garantir des élections libres et transparentes ».
Selon des sources proches de la présidence, les deux hommes ont évoqué la révision des listes électorales, la sécurisation des votes et l’importance d’un « calendrier consensuel ». Cette rencontre a posé les bases d’une mission orientée vers le consensus.
Vendredi 18 avril : Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo et Affi N’Guessan dans le ballet diplomatique
La journée du vendredi a été marquée, entre autres, par des temps forts. D’abord, l’audience accordée par Laurent Gbagbo, leader du PPA-CI, à Leonardo Santos Simão. Entouré de son président exécutif et de cadres du parti, l’ancien président a insisté sur « l’équité dans l’accès aux médias publics » et la « libération des activistes détenus », selon un communiqué du PPA-CI.
Puis, direction Cocody Riviera-Golf, où le diplomate a rencontré les leaders de la Coalition pour l’alternance pacifique (CAP-Côte d’Ivoire). Au siège du Mouvement des Générations Capables (MGC), Simone Gbagbo, présidente du MGC et porte-parole de la CAP, a partagé ses craintes : « Certaines régions sont des poudrières. L’ONU doit aider à désamorcer les rancœurs communautaires. ». Pour sa part, Affi N’Guessan, président du Front Populaire Ivoirien (FPI), a réclamé « un audit indépendant de la liste électorale », jugeant la révision actuelle « opaque ».
Leonardo Santos Simão a salué leur « engagement en faveur du dialogue », tout en les appelant à « modérer les discours de leurs partisans ».
Samedi 19 avril : Le CNDH, dernier maillon d’une tournée marathon
La clôture de la visite a été marquée par un entretien avec le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), dirigé par Namizata Sangaré. La présidente a alerté sur les « arrestations arbitraires de militants » et les « pressions sur les médias indépendants », exigeant un mécanisme de surveillance conjoint ONU-CNDH.
Une proposition accueillie favorablement par Leonardo Santos Simão, qui a rappelé que « sans respect des droits humains, aucune élection ne peut être légitime ».
Les défis restants : Ce que la visite de Simão révèle
Derrière les poignées de main et les déclarations optimistes, la mission Leonardo Santos Simão à Abidjan a mis en lumière trois fractures : la méfiance persistante entre pouvoir et opposition, cristallisée autour de la CEI, la montée des tensions intercommunautaires dans l’Ouest, malgré les dénégations officielles et le fléau de la désinformation, avec des fake news déjà virales sur les réseaux sociaux.
« L’ONU ne peut pas remplacer la volonté politique des Ivoiriens », a concédé Simão en conférence de presse.

Jean Michel





