Abidjan, 6 février 2024 – Alors que la Côte d’Ivoire navigue en période électorale, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a lancé un outil inédit pour contrer les dérives numériques : le mécanisme CNDH/Média. Cette plateforme collaborative, inaugurée jeudi dernier lors d’une visioconférence retransmise dans les 31 commissions régionales, se positionne comme un rempart contre les discours de haine et les atteintes aux droits fondamentaux en ligne. Un signal fort dans un contexte où le numérique devient à la fois une arme et un bouclier pour la démocratie.
- Mécanisme CNDH/Média : Une alliance stratégique entre médias et défenseurs des droits
- Régulation des plateformes : Un équilibre fragile entre liberté et législation
- Journalisme à l’ère du numérique : Réinventer l’éthique sans céder à l’IA
- Droits de l’homme en ligne et mécanisme CNDH/Média : Les défis de la modération citoyenne
- Le mécanisme CNDH/Média, une réponse collective à un fléau global
Mécanisme CNDH/Média : Une alliance stratégique entre médias et défenseurs des droits
Présidée par Namizata Sangaré, la CNDH a réuni journalistes, régulateurs et experts autour d’un enjeu brûlant : « Espace numérique et droit de l’homme ». « Le gouvernement a pris conscience et a commencé à sensibiliser sur les discours de haine », a martelé Sangaré en ouverture, soulignant l’urgence d’agir face à une cyberhaine qui menace la cohésion sociale.
Pour Moussa Diarrassouba, président de la commission régionale du Gôh, le mécanisme CNDH/Média incarne une « plateforme d’interaction vitale » entre institution et médias. Objectif ? Promouvoir un usage « éthique et responsable » des réseaux sociaux, tout en renforçant la protection des droits humains. Un pari ambitieux dans un pays où blogueurs et cyberactivistes alimentent parfois des tensions via des contenus injurieux ou calomnieux.
Régulation des plateformes : Un équilibre fragile entre liberté et législation
Premier intervenant, Siméon Koné, conseiller à la Haute Autorité pour la Communication Audiovisuelle (HACA), a planché sur les « limites de la régulation des plateformes numériques ». Cas épineux : les contenus produits par des internautes ivoiriens résidant à l’étranger, hors de portée juridique locale. « Au nom de la liberté, certains pensent que tout peut se dire. Mais des lois encadrent le métier de la presse », a-t-il rappelé, pointant le fossé entre législation nationale et réalité transnationale du web.
Un constat qui interroge : comment réguler sans étouffer la liberté d’expression ? La réponse passe, selon Koné, par une collaboration accrue entre États et géants du numérique – un chantier encore embryonnaire en Afrique de l’Ouest.
Journalisme à l’ère du numérique : Réinventer l’éthique sans céder à l’IA
Sui Kadohi, journaliste à l’AFP, a enfoncé le clou avec une intervention choc : « À l’heure du numérique, il faut un journalisme nouveau. L’intelligence artificielle n’est pas un modèle à copier ». Alors que les algorithmes amplifient les fake news et les contenus polarisants, Kadohi prône un « journalisme de solutions », transformant les outils technologiques en leviers pour « une information vérifiée et inclusive ».
Son credo ? Ne pas se laisser dépasser par la vitesse du numérique, mais l’utiliser pour approfondir l’investigation et le fact-checking. « Convertir les avantages des nouvelles technologies en outils de transformation positive » : voilà le défi relevé aux professionnels des médias, souvent tentés par le clic facile au détriment de la rigueur.
Droits de l’homme en ligne et mécanisme CNDH/Média : Les défis de la modération citoyenne
Dernier temps fort, l’intervention de Traoré Moussa, conseiller à la CNDH, sur « La protection des droits de l’homme dans l’espace numérique ». « Ce n’est pas parce qu’on évolue dans un espace virtuel qu’on doit oublier les droits humains », a-t-il asséné, citant le harcèlement en ligne, les atteintes à la vie privée et la désinformation comme menaces majeures.
Israël : début de la libération de prisonniers palestiniens en échange des otages israéliens
Pour lui, la solution repose sur une modération citoyenne : éduquer les utilisateurs aux bons réflexes numériques, tout en sanctionnant les excès. Un message relayé dans les régions, où des ateliers de sensibilisation ciblent notamment les jeunes, principaux consommateurs de réseaux sociaux.
Le mécanisme CNDH/Média, une réponse collective à un fléau global
Cette première session du mécanisme CNDH/Média aura permis de clarifier les responsabilités de chacun : régulateurs, médias, citoyens. Si la route est longue pour juguler la cyberhaine, l’initiative ouvre une brèche optimiste.
Franck Singa





