Les négociations Ukraine-Russie franchissent ce vendredi une étape inédite avec la tenue de pourparlers trilatéraux à Abu Dhabi. En effet, cette réunion réunit pour la première fois des délégations ukrainienne, américaine et russe depuis l’invasion à grande échelle lancée par Moscou en février 2022. L’assistant du Kremlin, Yury Ushakov, a confirmé la participation de la Russie à cette « première réunion du groupe de travail trilatéral sur les questions de sécurité », faisant ainsi écho à l’annonce du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Par ailleurs, ces discussions interviennent dans un contexte diplomatique particulièrement intense. Steve Witkoff, envoyé spécial du président Trump, et Jared Kushner ont rencontré Vladimir Poutine pendant plus de trois heures jeudi soir. Selon Ushakov, ces échanges se sont révélés « exceptionnellement substantiels, constructifs et extrêmement francs ».
La question territoriale au centre des négociations Ukraine-Russie
Néanmoins, le responsable russe a rapidement tempéré les espoirs en soulignant qu’aucun règlement durable ne pourrait être atteint « sans résoudre la question territoriale ». Actuellement, la Russie contrôle environ 20 % du territoire ukrainien reconnu internationalement, incluant presque toute la région de Louhansk ainsi que des parties des régions de Donetsk, Kherson et Zaporizhjia.
De surcroît, Moscou exige que l’Ukraine cède l’intégralité de ces quatre régions annexées par la Russie, bien qu’elles ne soient pas entièrement conquises militairement. Cette revendication maximaliste constitue depuis longtemps un point d’achoppement majeur dans les négociations Ukraine-Russie.
Les délégations présentes à Abu Dhabi
Concernant la composition des délégations, la Russie sera représentée par l’amiral Igor Olegovich Kostyukov, chef de la Direction principale du renseignement. Du côté ukrainien, Andrii Hnatov, chef d’état-major général et chef adjoint du bureau présidentiel, mènera les discussions. À ce jour, la Maison Blanche n’a pas encore commenté officiellement cette réunion.
Il convient de noter que quelques minutes après le début de la rencontre entre Poutine et Witkoff, Moscou a annoncé qu’un bombardier russe avait effectué un vol de patrouille de cinq heures au-dessus de la mer Baltique. Cette démonstration de force intervient stratégiquement alors que les efforts diplomatiques s’intensifient.
Un accord à portée de main selon Washington
Avant de s’envoler pour Moscou, Steve Witkoff s’est montré optimiste lors d’un événement à Davos jeudi. « Je pense que nous l’avons réduit à un seul problème, et nous avons discuté des itérations de ce problème, ce qui signifie qu’il est résoluble », a-t-il déclaré. Un responsable européen a ensuite confirmé à CNN que ce problème concernait effectivement la question territoriale.
D’autre part, le président Trump a également exprimé son sentiment qu’une percée était proche. « Je crois qu’ils sont maintenant à un point où ils peuvent se réunir et conclure un accord, et s’ils ne le font pas, ils sont stupides », a-t-il affirmé à propos de Zelensky et Poutine.
L’Ukraine face à des enjeux cruciaux
Cependant, Volodymyr Zelensky reste ferme sur les enjeux territoriaux. Lors de son discours à Davos jeudi, il a réitéré que les questions non résolues à l’Est constituaient le cœur des discussions. « Tout tourne autour de la partie orientale de notre pays, tout tourne autour de la terre. C’est le problème qui n’est pas encore résolu », a-t-il insisté.
En outre, le dirigeant ukrainien a critiqué la réaction des leaders européens face à la guerre, la comparant à leur réponse aux menaces d’annexion du Groenland par Trump. Cette déclaration enflammée souligne la pression croissante exercée par l’administration américaine sur l’Ukraine pour accepter un accord, malgré les craintes qu’une telle entente favorise Moscou.
Actuellement, l’Ukraine combat sur deux fronts : diplomatique et humanitaire. Plus d’un million de personnes sont privées de chauffage après les récentes attaques russes, alors que le réseau électrique ukrainien a connu jeudi sa journée la plus difficile depuis fin 2022.
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Jean Michel





