L’échiquier politique ivoirien est en effervescence suite à une décision de justice majeure. Le mardi 22 avril 2025, le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau a prononcé la radiation de Tidjane Thiam, figure politique de premier plan et président du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA), de la liste électorale. Cette décision, si elle était confirmée, l’empêcherait de se présenter à l’élection présidentielle prévue en octobre 2025. Face à cette situation, Tidjane Thiam et son parti ont vivement réagi.
La contestation de Tidjane Thiam : entre bilan et détermination
Dans une vidéo diffusée sur sa page Facebook le même jour, Tidjane Thiam s’est adressé directement aux Ivoiriens. D’un ton posé mais ferme, il a d’abord rappelé son parcours récent. « Le 23 décembre 2023, » a-t-il commencé, « j’ai eu l’immense privilège et l’honneur d’être élu démocratiquement président du PDCI-RDA […] avec plus de 96 % des voix. » Il a insisté sur son engagement sur le terrain depuis son élection, évoquant ses « dizaines, voire des centaines de rencontres » visant à établir un « diagnostic réel et précis de l’état de la Côte d’Ivoire » et à élaborer un programme axé sur la santé, l’éducation, l’état de droit et la paix.
Il a également souligné la confiance renouvelée des militants lors de la convention qui l’a désigné candidat à la présidentielle avec « 99,5 % » des voix, un plébiscite qui l’a « profondément touché ». M. Thiam a aussi mentionné sa désignation comme coordinateur de la Coalition pour une Alternance Pacifique en Côte d’Ivoire (CAPCI), regroupant 25 partis d’opposition politique, dont ceux de personnalités comme Mme Simone Gbagbo, M. Affi N’Guessan, et M. Charles Blé Goudé.
Un point clé de son intervention fut la révélation des résultats d’un « sondage avec une organisation de renommée mondiale ». Selon Tidjane Thiam, ce sondage le place « en tête » en termes de popularité devant l’ancien président Laurent Gbagbo, et lui donnerait « 57 % contre 41 % » dans un duel hypothétique au second tour face au président sortant Alassane Ouattara.
C’est dans ce contexte qu’il a abordé la décision de justice. « J’ai appris qu’une décision du tribunal de première instance a prononcé ma radiation de la liste électorale, » a-t-il déclaré avec gravité, y voyant une manœuvre claire : « Il est clair pour moi que le pouvoir vient d’éliminer, par un raisonnement juridique inique et incompréhensible, son rival le plus sérieux. » Il a dénoncé les procédures intentées par des « militants du parti au pouvoir, représentés par des avocats du parti au pouvoir, devant des juges nommés par le parti au pouvoir », jugeant cela « profondément regrettable ».
Exprimant sa crainte d’une « nouvelle crise » dans un contexte déjà marqué par un troisième mandat présidentiel contesté et des rumeurs de quatrième mandat, Tidjane Thiam a affirmé son attachement à la paix et à la légalité. Cependant, il a été catégorique : « Je vous le dis clairement : je n’accepterai pas cette radiation. […] Le PDCI ne l’acceptera pas non plus. » Il a assuré qu’il n’y aurait « pas de plan B » et qu’il restait le candidat désigné par son parti. Concluant sur une citation attribuée à Félix Houphouët-Boigny sur la dignité, il a affirmé sa détermination à mener ce « combat » pour permettre aux Ivoiriens de choisir librement leur dirigeant.
La réaction vigoureuse du PDCI-RDA
Faisant écho à son président, le PDCI-RDA a publié une déclaration officielle le même jour, condamnant « vigoureusement » la décision judiciaire. Par la voix de son Secrétaire Exécutif en Chef, le parti a qualifié l’acte de « révoltant » et « inique ». La déclaration dénonce une « tentative d’instrumentalisation de la justice ivoirienne par le régime en place » visant à « exclure l’un des principaux candidats » de la course présidentielle.
Le parti historique a rappelé la « nationalité ivoirienne incontestable » de Tidjane Thiam et sa double légitimité issue de son élection interne et de son investiture comme candidat. Le PDCI-RDA y voit une « stratégie politique visant à placer le PDCI-RDA sous tutelle, voire à orchestrer sa liquidation ».
Appelant la justice à « jouer son rôle dans la préservation de la paix », le parti a interpellé la communauté nationale et internationale sur les « graves menaces sur la paix » que cette affaire pourrait engendrer. Réaffirmant son « soutien total » à Tidjane Thiam, le PDCI-RDA a appelé ses militants et tous les Ivoiriens attachés à la démocratie à rester mobilisés.
Enjeux et perspectives
Cette décision de radiation de Tidjane Thiam ouvre une période d’incertitude politique en Côte d’Ivoire. Si elle est maintenue après d’éventuels recours, elle écarterait un candidat majeur de l’opposition politique, ce qui pourrait potentiellement exacerber les tensions à l’approche de l’élection présidentielle 2025. Les arguments juridiques précis fondant la décision n’ont pas été détaillés dans les réactions, mais la contestation porte sur leur légitimité et leur impartialité.
La suite des événements, notamment les possibles voies de recours juridiques et les mobilisations politiques, sera déterminante pour l’avenir démocratique et la stabilité du pays. L’affaire soulève des questions fondamentales sur l’indépendance de la justice ivoirienne et les conditions d’une compétition électorale équitable et apaisée.
Jean Michel





