« Téhiri est un village martyr. » La déclaration, lourde de sens, est de Boga Sivori, Président des chefs de villages du département de Gagnoa. Lundi dernier, il a choisi ce village de la sous-préfecture de Bayota pour lancer une tournée de sensibilisation capitale en amont de la Présidentielle 2025 à Gagnoa. Son objectif ? Transformer ce lieu marqué par les violences électorales passées en symbole de paix pour le scrutin à venir.
« Vous savez bien que ce sont bientôt les élections. Malheureusement en Afrique quand il y a élection, les gens ont peur et Téhiri est un village martyr en la matière. Les élections dernières, il y a eu beaucoup d’affrontements ici. Nous sommes donc venus dans le cadre de notre politique de sensibilisation pour des élections apaisées. Nous sommes là pour apporter la paix et la cohésion sociale au village. Pour dire aux populations de ne pas avoir peur. Il faut faire confiance à nos hommes politiques, ils trouveront une solution aux problèmes », a expliqué Boga Sivori, ancien journaliste, justifiant sa présence.

Une mobilisation cantonale pour la présidentielle 2025 à Gagnoa
Accompagné d’autres chefs traditionnels et leaders d’opinion, Sivori a annoncé que cette campagne de sensibilisation, débutée à Téhiri, s’étendra aux 14 cantons du département de Gagnoa. L’étape de Téhiri a rassemblé toutes les forces vives : chefs de communautés, présidents des jeunesses, présidentes des associations féminines. Un front uni pour le calme électoral.
Face à cette assemblée, Boga Sivori a martelé un message essentiel : « Il faut surtout appeler les gens à ne pas s’affronter pour la politique, leur dire que la politique, c’est d’abord la tolérance, le pardon. Il faut accepter que celui qui est à côté de toi ne pense pas de la même manière que toi. Nous sommes des personnes différentes, on ne peut pas avoir la même pensée. Pourtant on vit ensemble. C’est cela la politique. On peut être de partis différents et vivre ensemble. Il faut éviter les affrontements. »
Femmes et jeunes, piliers de la paix pour le scrutin de Gagnoa
Le message semble avoir été entendu. « Nous pensons que le message est bien passé. Les populations nous ont promis que plus jamais, Téhiri ne sera le théâtre de la violence électorale », s’est réjoui Boga Sivori, d’autant plus satisfait que jeunes, femmes, hommes, autochtones et allogènes se sont engagés unanimement à dénoncer et à s’opposer ensemble aux fauteurs de troubles.
Parmi les figures marquantes de la délégation, Dame Kouakou Akissi Épouse Gouaméné, Présidente des associations féminines de Gagnoa et responsable de la Plate-forme des Amazones de la Paix, a apporté un message poignant. Après avoir demandé pardon au village pour les souffrances endurées lors de la dernière présidentielle (2020), elle a exhorté les femmes à être des actrices clés du calme : « Si les femmes décident de cultiver la paix, il n’y aura pas de guerre ». Elle a aussi interpellé directement les jeunes : « Ne mettez pas vos vies en péril pour satisfaire les ambitions des hommes politiques ».
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Ange Dédi, membre du Conseil National des Jeunes de Côte d’Ivoire, a quant à lui donné une mission précise à ses camarades : devenir des ambassadeurs de paix à travers tout le département. Un rôle crucial pour sécuriser le processus électoral.
La tournée de Boga Sivori et de ses pairs est un signal fort. Elle montre une prise de conscience collective et une volonté affirmée à Gagnoa de faire de la Présidentielle 2025 à Gagnoa un moment de choix démocratique apaisé, tourné vers l’avenir, loin des déchirures du passé. Téhiri, autrefois martyr, aspire désormais à devenir un modèle de réconciliation et de cohésion sociale pour toute la région.
Franck Singa





