Dans la nuit du 6 au 7 décembre 2025, à 2h10 précisément, le colonel Tévoédjrè reçoit un appel qui va changer le cours de cette journée. Le général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire du président, l’informe qu’il est attaqué à son domicile par des hommes cagoulés. Quelques minutes plus tard, c’est au tour du général Abou Issa, chef d’état-major de l’armée de terre, de signaler qu’il subit également une attaque similaire.
Face à cette situation, le commandant de la Garde républicaine comprend immédiatement qu’il ne s’agit pas d’actes isolés. Par conséquent, il fait alerter l’ensemble de son unité et se porte personnellement au niveau de ses hommes pour organiser la défense des institutions. Cette réactivité s’avérera déterminante dans la suite des événements liés à cette tentative de coup d’État au Bénin.
L’assaut contre la résidence présidentielle
À 5 heures du matin, les mutins passent à l’action majeure en attaquant directement le domicile du président Patrice Talon. Heureusement, le colonel Tévoédjrè avait anticipé cette possibilité et s’était déjà positionné sur place avec ses hommes pour organiser la défense de la résidence et du palais présidentiel.
Les affrontements sont d’une violence inouïe et durent environ 45 minutes. De plus, les assaillants utilisent des engins blindés pour tenter de forcer le passage. Cependant, la Garde républicaine dispose également de véhicules blindés et oppose une résistance farouche. Les mutins tentent alors de passer par différentes ruelles menant à la résidence, mais ces accès sont parfaitement sécurisés par les forces loyalistes.
Le courage remarquable du président Talon
L’un des aspects les plus marquants de cette tentative de coup d’État au Bénin reste l’attitude du président Patrice Talon lui-même. Selon le témoignage du colonel Tévoédjrè, le chef de l’État et son épouse se trouvaient bien à l’intérieur de leur résidence pendant les affrontements. Néanmoins, le président a fait preuve d’un sang-froid remarquable en restant aux côtés du commandant militaire tout au long des opérations.
Malgré les insistances du colonel pour qu’il se mette à l’abri, Patrice Talon a tenu à suivre le déroulement des combats depuis 3 heures du matin jusqu’au soir, lorsque les opérations se sont terminées. Ce courage a profondément marqué le commandant de la Garde républicaine, qui qualifie cette attitude d’exemplaire.
L’échec des mutins et la prise de la télévision nationale
Après avoir été repoussés devant la résidence présidentielle avec un bilan d’un mort et un blessé du côté de la Garde républicaine, les mutins se dirigent vers la télévision d’État. Effectivement, ils souhaitent malgré tout dérouler leur plan en diffusant un message à la population. Toutefois, pendant qu’ils passent leur message dans la précipitation, les forces loyalistes lancent une contre-offensive.
La destruction d’un blindé des assaillants provoque alors la débandade dans leurs rangs. Ainsi, ils abandonnent précipitamment la télévision nationale et se replient sur la base militaire de Togbin, située à une dizaine de kilomètres du centre-ville de Cotonou. Cette tentative de coup d’État au Bénin entre alors dans une nouvelle phase, celle du siège.
L’intervention internationale décisive
Face à la situation sur la base de Togbin, le commandant de la Garde républicaine prend une décision stratégique. En effet, plutôt que de lancer un assaut frontal qui aurait pu causer des dommages collatéraux importants dans cette zone peuplée, il fait appel vers 18 heures à la coopération internationale sous mandat de la Cédéao.
Le Nigeria répond favorablement et procède à des frappes ciblées et chirurgicales sur les engins militaires présents dans la base. Par ailleurs, un avion de reconnaissance français permet de localiser précisément les positions des mutins. Enfin, des forces spéciales françaises arrivent en fin de journée depuis la base de Port-Bouët à Abidjan pour participer aux opérations de ratissage.
Le mystère du lieutenant-colonel Tigri
Le lieutenant-colonel Tigri, commandant des forces spéciales de la Garde nationale, s’est présenté comme le chef de cette tentative de coup d’État au Bénin. Cependant, sa fuite pose de nombreuses questions. Après les frappes aériennes, les mutins ont pris la fuite vers le nord du pays, comme en témoigne la libération des deux chefs d’état-major kidnappés dans la commune de Tchaourou, à environ 400 kilomètres de Cotonou.
Le colonel Tévoédjrè avoue avoir été surpris par l’action de Tigri, un officier qu’il connaissait bien et qui n’avait montré aucun signe annonciateur. Quant à savoir s’il existe des commanditaires ou des connexions avec des pays étrangers, le commandant de la Garde républicaine préfère laisser les services compétents mener leurs investigations.
Une armée républicaine qui a fait ses preuves
En conclusion, cette tentative de coup d’État au Bénin a démontré la solidité de l’armée béninoise et son attachement aux valeurs républicaines. Depuis la conférence des forces vives de 1990, l’armée s’est retirée dans les casernes pour devenir une institution véritablement républicaine. Le choix de l’appellation « Garde républicaine » plutôt que « Garde présidentielle » prend ici tout son sens.
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Malgré les divergences politiques qui peuvent exister dans le pays, l’armée est restée unie et indivisible face à cette menace contre les institutions. C’est cette cohésion qui a permis de mettre en déroute les assaillants et de protéger la démocratie béninoise.
Jean Michel





